"J’ai fait chanter la pierre pour l’Humanité."
Constantin Brâncuși (1876 – 1957)
Né à Hobița (Gorj) le 19 février 1876, Constantin Brâncuși est le sculpteur d’origine roumaine dont l’œuvre a marqué de façon indélébile l’histoire de l’art moderne. Son langage plastique, imprégné de philosophie et de symboles, le distingue par son caractère unique, car ce virtuose du burin a puisé sa sève dans l'ancien tout en ouvrant la voie à une modernité intemporelle.
Porté par son talent, Brâncuși arrive à Paris à l’âge de 28 ans pour parfaire sa formation à l’École des Beaux-Arts. Dès son installation en France, il façonne sa propre légende, inspirée du récit — en partie vrai — de son périple à pied depuis son village natal : l’image du pèlerin au sac sur l’épaule, guidé par une quête artistique, tel un apôtre de la sculpture moderne.
Animé par une vision singulière de la création, Brâncuși travaille brièvement dans l'atelier d'Auguste Rodin (1840-1917) avant de s’en détacher, convaincu que « rien ne pousse à l’ombre des grands arbres ». Il s’engage alors sur la voie du modernisme, nourri d’influences archaïques puisées dans son enfance et réinventées par son propre langage sculptural.
Le jeune artiste délaisse l’ébauche au profit de la taille directe et s’affranchit du modèle, libérant la forme des contraintes de la figuration. Il choisit la simplicité et consacre sa carrière à l’essence des formes, cherchant moins à imiter le réel qu’à en révéler l’essence profonde. Il ne sculpte pas l’oiseau, mais son envol ; pas le poisson, mais le son mouvement.
Dans cette épuration progressive, l’amour prend corps dans Le Baiser, aux formes fusionnelles et taillées d’un seul bloc. La figure féminine suit une évolution similaire : de La Sagesse de la Terre (1907), archaïque et méditative, à Madame Pogany (1912), stylisée et introspective, jusqu’à La Princesse X (1915), où la féminité devient pure abstraction et énergie.
Le thème de l’oiseau suit le même chemin vers l’épure. De Măiastra (1910-1912), encore marqué par l’ornementation folklorique, aux Oiseaux dans l’espace, où la matière s’efface au profit du mouvement pur, Brâncuși pousse ses formes à défier la gravitation. Par des lignes élancées, il donne à la sculpture une légèreté qui prolonge sa quête de l’infini.
Titan de l’art moderne, ce « prince paysan » a poursuivi sa quête de l’infini jusqu’à son dernier souffle, le 16 mars 1957 à Paris, et l’a accomplie. Son œuvre l’a rendu immortel, transcendant le temps et l’espace. Toujours aussi fascinante, elle interpelle, défie et invite chacun à repousser ses propres limites de perception et de compréhension. Indélébile.